Journal d'un roadtrip de 10 jours en Ouzbekistan / Journal of a 10 days Uzbekistan roadtrip

Avant-propos / Foreword

L'idée ne venait pas de moi. Les steppes d'Asie Centrale, cela résonne comme un roman d'aventure certes, mais c'était loin de mes priorités de voyageur. L'Ouzbékistan ? C'est bien simple, je n'en connaissais que le nom. Alors pourquoi ce choix ? Tout simplement à cause (ou plutôt grace) à l'un de mes cousins, Samuel, tout juste 30 ans, grand voyageur depuis ses 20 ans et revenant de 5 années passées à Moscou (que j'ai eu la chance de visiter 4 fois).

Basé en Russie, il lui fût facile de collectionner les virées dans ces fascinants pays de l'ex-Union soviétique comme les aparatchiks collectionnent les médailles au revers du veston (nous avons d'ailleurs visité ensemble la Géorgie en 2006), il pensait que 2010 serait l'année de l'Ouzbékistan, et proposa ce voyage à son père, mon oncle avec lequel je partage une grande complicité depuis mon plus jeune âge.

Ils devaient partir tous les 2, mais n'ayant pas pu partir moi-même cette année 2010 (forcé d'annuler un ROADTRIP dans les Highlands écossais au mois de mai), je trouvais peut-être là mon salut : un PHOTOGRAPHIC ROADTRIP en OUZBEKISTAN. Pourquoi pas !?!

Ma décision fut prise en 5 minutes, je fis valoir mon rôle de reporter en charge des souvenirs photographiques du voyage (pour m'incruster) et le tour était joué.

Ne restait plus qu'à savoir une chose essentielle : c'est quoi l'Ouzbékistan, et puis d'ailleurs... c'est où ?

Pour faire simple c'est un pays de 28 millions d'habitants, légèrement plus petit que la France, il n'est indépendant que depuis 1991.

Situé en plein coeur de l'Asie centrale (au nord est de l'Inde et de la Chine), il est le seul pays a avoir des frontières avec tous les pays voisins en "stan" : le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, l'Afghanistan et le Turkménistan. Pays chaud (surtout au mois d'août !), sec et désertique, le cruel découpage de Joseph Staline ne lui a pas offert d'accès à la mer Caspienne, mais il englobe une partie de la mer d'Aral, enfin... feu la mer d'Aral devrais-je dire tant elle n'est pas loin d'appartenir au passé. La principale raison de cet assèchement est la culture du coton, dont Staline (encore lui) ordonna la production intensive à cette région du monde, a tel point que l'Ouzbékistan n'en est pas moins que le 5e producteur mondial encore aujourd'hui.

Sa situation stratégique sur la mythique route de la soie, les personnages illustres (Alexandre le grand, Gengis Khan, Marco Polo et bien sur Amir Timur, le plus grand homme de ce pays) qui ont traversé son histoire, son mélange de sangs, de races, de cultures ont forgé un pays fascinant, riche de monuments et de vestiges exceptionnellement conservés (patrimoine mondial de l'UNESCO), et d'une population qui, nous le verrons, est l'exemple le plus frappant d'une mixité réussie entre les hommes.

Pays musulman par son histoire et sa culture, il ne l'est pas par son mode de vie : des décennies de soviétisme sont passés par là, et si la religion renait de ses cendres aujourd'hui, on est très loin des codes musulmans que nous connaissons dans d'autres pays (tel l'Afghanistan voisin), le plus bel exemple étant la liberté dont jouissent les femmes Ouzbèkes, libres de mouvement, de parole, libre de travailler, de communiquer, de danser, de se vétir de milles couleurs bref, libre de vivre comme bon leur semble, et souvent fières de le montrer au photographe que je suis, pour mon plus grand bonheur !

Peu connu, mais déjà très visité (notamment par des français, plus largement les européens, mais aussi beaucoup de japonais) pour toutes ses raisons, c'est un pays merveilleusement intact, authentique, le tourisme de masse ayant - pour l'instant - épargné cette région du monde. La population y est de plus très chaleureuse et ouverte avec les étrangers : que demander de plus ?

Nous voici donc partis pour 10 jours vers l'inconnu ou presque puisque, voulant garder la surprise, je n'ai pratiquement rien lu sur ce pays avant de partir. Mais alors, comment faire le programme du ROADTRIP me direz-vous ?

Et bien une fois n'est pas coutume, nous allons faire appel à un guide, et la chance va être avec nous puisque nous allons être acompagnés d'un homme tout à fait exceptionnel, Soukhrob Bobokalonov, 30 ans tout juste lui aussi (nous fêterons ensemble son anniversaire pendant le ROADTRIP), dont le charisme, la culture, la connaissance de cette région du monde n'a d'égal que sa gentillesse, son humour et sa modestie.

Vainqueur d'un concours national sur la francophonie durant ses études, il s'est vu offrir une bourse pour venir étudier en France pendant quelques années (notamment à Toulouse, ma ville natale). Ses nombreux diplômes et son Français parfait lui ont ouvert les portes des cabinets officiels du gouvernement ouzbèk à son retour au pays, mais après une brève expérience, sa simplicité lui fit quitter les ors des palais pour démarrer le métier de guide francophone.

Mais il est grand temps que j'arrête ici ce discours d'ouverture, alors dirigeons-nous dès à présent vers l'aéroport CDG, duffle bag sur l'épaule, nous décollons à 22h30 pour un vol de 6h30 vers l'est direction Tashkent, la capitale de l'Ouzbekistan. Arrivée prévue le lendemain à 7h30 heure locale.

Le 18 août 2010.

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