Journal d'un roadtrip de 10 jours en Ouzbekistan / Journal of a 10 days Uzbekistan roadtrip

jeudi 19 août 2010

KHIVA FORTRESS . WESTERN UZBEKISTAN.

UNESCO WORLD HERITAGE SITE

Dawn, early morning visit.

Ma première nuit en Ouzbékistan fût étrange. Cet hôtel aux couloirs sans fin à l'atmosphère très particulière était quasiment désert, et tout ce qui est grand et vide provoque chez moi une sensation désagréable. Cette nuit là, je me suis reveillé à 3 heures du matin, la gorge totalement asséché par la clim et la vodka, oui mais voilà, je n'avais pas prévu de bouteille d'eau et me retrouvais à la fois assomé de sommeil, mais aussi totalement déshydraté. Hors de question de boire de l'eau du robinet sous peine de le payer les jours suivant par une sévère tourista, je me mis en quête de trouver une bouteille d'eau minérale, et arpentai les couloirs déserts et sans lumières de cet hôtel... J'avais l'impression d'être dans le film THE SHINING. Mais rien, pas une âme qui vive, pas d'eau non plus, de guerre lasse je du me recoucher sans boire la moindre goutte, mon réveil était réglé 2 heures plus tard, j'allais bien tenir jusque là.

Il m'en fallu du courage pour me lever à 5 heures, mais je trouvais la force et la lucidité pour regrouper mon matériel photo et partir avant le soleil vers une destination inconnue : la forteresse de Khiva.

Sortant de l'hôtel je croisais 2 hommes dormant à la belle étoile, ronflant comme des camionneurs sur des lits de fortune.

J'arrivais devant la porte de la forteresse, quelques hommes étaient déjà là affairés, et me voyant arriver avec mes appareils photo l'un d'entre eux me demanda d'où je venais. La réaction ne se fit pas attendre : "Oh France ! Zidane !". Et bien oui, la France ce n'est pas le Général De Gaulle, c'est Zidane.

J'entrais dans la forteresse dont je ne connaissais rien. Celle-ci est entièrement fortifiée, avec un chemin de ronde derrière les créneaux, et il me semblit évident que si j'atteignais ce chemin je serai aux première loges pour capter le lever du jour. Un peu d'escalade, et le tour était joué. Je me retrouvais totalement seul dans cette citadelle datant du moyen âge au milieu du désert de Karakoum, à quelques kilomètres à peine de la frontière avec le Turkménistan. Ne restait plus qu'à parcourir ce chemin, sur ma droite l'intérieur de la forteresse, sur ma gauche les faubourgs, et le soleil qui va pointer à l'horizon.

Les tuyaux que vous voyez à mes pieds ne sont autre que les conduites de gaz qui alimentent l'intérieur de la cité.

Le soleil fait son apparition. Où que l'on soit dans le monde c'est toujours un moment magique. Et rare.

La ville est encore endormie, il est 6h30. Quelques courageux habitants de la cité balaient déjà devant leur porte.

Je parcours le chemin de ronde...

... qui m'offre des surprises, comme cette grande roue qui surgit de l'extérieur de la cité...

... ou cet oiseau à houppette qui observe la ville encore endormie...

... le soleil monte très vite dans le ciel et fait exploser les couleurs...

... à contre-jour les toits forment des arabesques...

... on peut observer l'extérieur de la forteresse par ces petites ouvertures triangulaires creusées dans la muraille...

... et capturer parfois ces fils électriques qui lézardent le ciel.

La forteresse est étendue, Khiva est une ville de 50 000 habitants ! Le chemin de ronde permet de "survoler" toute la ville jusqu'à un mur de garde encore plus haut, infranchissable, il semble qu'il y ait une forteresse dans la forteresse. De là où je me trouve j'aperçois des bâtiments somptueux et des minarets, mais je ne peux pas aller plus loin... de toute façon il est déjà 7h30, il est grand temps que je rentre à l'hôtel, nous avons rendez-vous dans une heure pour le petit-déjeuner.

Afternoon visit.

Des femmes sont employées aux taches de voirie, arrachage de mauvaises herbes de-ci, peinture de bordure de trottoir de-là... Ces petits métiers (payés une misère) sont aussi typiques des pays ex-union soviétique, et on en croise beaucoup à Moscou, je me souviens par exemple d'une babuchka en gilet orange balayant une ruelle sombre à 3 heures du matin, ou d'ouvriers refaisant la chaussée en pleine nuit d'hiver.

C'est sûrement la raison pour laquelle les billets ont une très faible valeur faciale : il y a toujours moyen d'en gagner quelques-uns même s'ils ne valent pas grand-chose ainsi les indigents ne mendient pas : ils font ce genre de petits jobs.

J'en profite pour préciser que contrairement à ce que vous pourriez penser l'Ouzbekistan n'est pas un pays pauvre, son économie, son industrialisation est très développée (les chinois l'ont bien compris et sont ici très présents), c'est un pays relativement cher, relativement évidement pour un occidental, mais ne croyez pas arriver ici en terrain conquis. Une bouteille d'eau fraîche vendue dans une échoppe vaut par exemple 2000 sums, soit 50 cts d'€. Ce n'est pas cher ok, mais ce n'est pas non plus ridiculement bon marché.

Les raisons de cette belle santé sont la stabilité politique, d'importantes ressources naturelles (notamment le gaz et le coton), mais aussi et surtout un peuple fier, très travailleur, très entreprenant, fermement décidé à faire avancer le pays vers un avenir meilleur.

Retour donc 2 heures plus tard à la citadelle accompagné de Soukhrob, et déjà une surprise, nous ne nous dirigeons pas vers la même entrée, mais longeons la muraille pour atteindre la porte Est. Partout des enfants qui jouent, courant autour de nous par grappe comme des volées de moineaux.

Un des emblèmes de la forteresse c'est ce minaret Kalta Minor ci-dessus, court et trapu. Il devait être en fait beaucoup plus haut, mais sa construction fut stoppée prématurément. Peu importe, il est très beau comme ça. Sur la photo ci-dessus, à gauche, un bâtiment probablement russe, le mélange est ici constant entre les constructions vernaculaires et les très nombreux témoignages de la présence soviétique.

KHIVA FORTRESS . KUNIA-ARK. AK-SHEIKH-BOBO-MOSQUE.

KHORAZM WILOYAT

Built in the XVIIth CENTURY.

Soukhrob nous mène à travers les dédales de la citadelle : des ruelles étroites, des arrière-cours, et chaque fois, un bâtiment flamboyant nous attend. Nous nous trouvons ici face à une mosquée d'été, un parfait exemple d'architecture d'Asie centrale : une construction "à auvent" pour laisser circuler l'air, et ces fameuses poutres en bois pour soutenir la structure. C'est le point faible, car elles résistent mal aux incendies, quand ce n'est pas Gengis Khan qui passe par là et décide de raser la ville.

Il faut dire que Gengis Khan (1152 - 1227) était d'un naturel assez taquin, empereur mongol résolument nomade, il détestait les constructions "en dur" et faisait systématiquement raser toute ville qu'il croisait.

Ces constructions sont fascinantes par bien des aspects si on se penche sur des détails, aussi bien techniques qu'esthétiques. Revenons par exemple sur ces poutres en bois (ce ne sont pas les poutres originales qui devaient être bien plus richement décorées). Un système ingénieux mélange différents matériaux : un socle en pierre pour la solidité, une forme oblongue pour concentrer les forces, mais aussi, ce que vous ne pouvez pas voir, des tampons de feutre (en laine de chameau) qui sont placés entre chaque matériaux. Ces tampons viennent amortir les vibrations et assouplir la structure sans la fragiliser. Ce système très simple permet à la mosquée de supporter le poids des siècles et les tremblements de terre. Seuls les incendies sont de sérieuses menaces à ces constructions.

Je me régale des motifs sur faïence, tout est peints à la main, ce qui donne une vie, une vibration extraordinaire à ces décorations.

Tout, absolument tout est peint avec le plus grand soin, jusqu'au plafond qui se trouve à 10 bons mètres de hauteur.

Les portes en bois sculptées sont d'une beauté à couper le souffle. Je n'avais jamais rien vu de tel.

Bien sûr, cette forteresse était dirigée par un Emir. Celui-ci pouvait profiter d'un harem de 40 femmes que vous voyez sur ces images (le harem, pas les femmes, qui sont parties depuis longtemps). Les 3 favorites avaient droit à des appartements à auvents (voir ci-dessous), les autres devant se contenter d'espaces moins luxueux (mais toujours charmants) tout autour de cette cour intérieure. L'Emir choisissait à loisir les femmes qu'il voulait inviter pour la nuit. Le système hiérarchique devait contribuer à rendre chacune d'entre elles plus dévouée que sa voisine à l'épanouissement de l'Emir...

Remarquez ici aussi la richesse des décorations murales. Cette poutre plus ancienne a survécu, observez la façon dont elle est sculptée.

Cette femme (ci-dessous) avait un sacré tempérament, très vive et avenante, elle posa pour moi avec plaisir. Je lui achetais des petits chaussons pour nouveau-né en laine de chameau pour mon fils Andy, à naître au mois d'octobre.

Nous explorons la forteresse puis revenons sur nos pas à travers des ruelles figées dans un autre temps. Face à nous cet immense minaret nous titille : est-il possible de monter à son sommet ? Bien sûr !

Soukhrob nous attend patiemment en bas pendant que nous gravissons des marches de géants dans un couloir colimaçon étroit et sans lumière dont la simple idée ferait frémir le claustrophobe.

Arrivé au sommet, une minuscule plateforme de 2 m2 et des fenêtres grillagées permettent d'admirer la citadelle. Une famille est là, la grand-mère avec ses petits-enfants. Je les prends en photo avant de leur offrir des cartes postales représentant l'affiche de l'exposition universelle de paris en 1890. Ils me remercient avec de larges sourires.

Un jeune couple arrive sur la petite plateforme, ils m'observent d'un oeil discret, timide. Je leur demande s'il veulent bien poser pour moi, ce qu'ils acceptent avec plaisir. J'ai bien conscience que c'est un don de leur part car ils ne verront jamais la photo. Aujourd'hui je suis heureux de les avoir sur cette page, je les trouve très beaux, très tendres.

KHIVA FORTRESS . DJUMA MOSQUE.

UNIQUE "FLAT CATHEDRAL MOSQUE" IN CENTRAL ASIA.

Original structure from the Xth CENTURY. 212 columns.

Au pied du minaret se trouve un lieu unique au monde. Une mosquée horizontale, une salle immense de 55 x 46 mètres (2530 m2 !) dont le plafond est soutenu par une forêt de 212 colonnes dans la pénombre. Une vingtaine de ces colonnes datent du Xe siècle ! Sanger le frère de Soukhrob nous explique que les architectes de ces constructions avaient une technique très particulière de préparation du bois : Ces colonnes étaient trempées pendant 50 ans dans l'eau, 50 ans dans l'huile, puis on les laissait sécher pendant 50 ans à l'air libre. Incroyable ! 150 ans de préparation pour chaque colonne, afin de les rendre imputrescibles et surtout, ininflammables, c'est pourquoi il reste encore aujourd'hui des poutres âgées de 1000 ans !

KHIVA FORTRESS. WESTERN UZBEKISTAN.

UNESCO WORLD HERITAGE SITE

Evening visit.

Retour à l'hôtel pour prendre une douche et se rafraîchir d'une journée torride suivie d'un bon repas, nous partons pour la promenade du soir. Armé de mon trépied je tiens à capturer le soleil couchant sur la forteresse, et j'ai choisi pour cela la tour de guet, qui surplombe toute la ville. Elle est fermée à la visite, mais il suffira de "s'arranger avec la police" (5000 sums). Cette tour de guet, vous la verrez sur la dernière photo noir & blanc en bas de page.

Une fois en place, je capture les dernières lueurs du soleil sur la ville. Je suis heureux d'avoir pu y capturer le lever du jour, et d'être à nouveau au rendez-vous pour son coucher. Le moment est magique, et toutes les teintes de jaune, d'ocres défilent à mesure que le soleil descend et que la lune s'illumine.

J'y capture un panoramique avant que la nuit ne tombe et que Soukhrob ne me conseille de rebrousser chemin pour ne pas abuser des largesses des gardiens.

Voir la photo panoramique en cliquant ici

Une bonne bière fraiche vient clôre cette superbe journée, nous quittons la citadelle qui s'illumine alors que la nuit noire est tombée en un instant. Sur le parvis devant l'entrée, toujours autant de cris d'enfants qui s'amusent, plein d'insouciance. En face un mariage bat son plein et la vodka coule à flot sur la musique endiablée des musiciens.

Je vais me coucher vers 23h30 sur cette journée qui semble sans fin depuis mon départ de Paris. Je m'effondre dans mon lit, le réveil est mis à 7h30. Il faut prendre des forces. Demain, nous allons traverser le désert, direction Bukhrara, à 500 kilomètres.

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