Journal d'un roadtrip de 10 jours en Ouzbekistan / Journal of a 10 days Uzbekistan roadtrip

Mercredi 18 août 2010

ROISSY CDG. TERMINAL 2. UZBEKISTAN AIRWAYS. BOEING 767.

FROM PARIS TO TASHKENT

C'est donc le coeur léger et le bagage mince que nous nous sommes dirigés vers l'aéroport CDG en cette fin de journée du 17 août : un Duffle bag souple de 90 litres chacun, facile à glisser dans un coffre de voiture, et mon matériel photo comprenant 2 boîtiers, 2 optiques (un 17-40 vissé à demeure sur mon 5D mark2 et un 70-200 F4 sur mon 50D), et mon trépied GITZO. J'avais pris la décision de me passer (enfin !) de mon laptop en investissant dans un videur de carte mémoire acheté chez Macway. Le tout tenait dans un sac à dos d'environ 10 Kilos.

Un vol sans problème dans ce gros boeing 767 à moitié vide. La plupart des hôtesses sont russes. Après un rafraîchissement et un repas arrosé d'un vin ouzbèk que je qualifierais de surprenant, nous sombrâmes dans un demi sommeil jusqu'à l'arrivée à Tashkent.

TASHKENT CAPITAL. EASTERN UZBEKISTAN.

TASHKENT WILOYAT

La sortie de l'avion se fait "à l'ancienne", descente sur le tarmac devant une haie de policiers en uniforme. Je capte mes premiers clichés (j'adore les aéroports) et me confronte aux premières remontrances des autorités qui s'empressent de me signifier par de grands gestes que les photos sont absolument interdites.

Mahmoud est là pour nous recevoir : il a été chargé par Soukhrob de nous prendre en charge à Tashkent pour la journée en attendant notre décollage vers Ourgentch à 16h00. Nous chargeons les bagages dans sa voiture et il nous fait faire un petit tour du centre ville. Epuisés par le voyage et une nuit quasi-blanche nous l'écoutons d'une oreille, les yeux sur une ville à la circulation dense, bruyante, presque chaotique et un univers de bâtiments soviétiques, très semblable à Moscou.

Direction cet immense restaurant (quasiment vide) pour boire un café, enfin, non, plutôt un thé, car dans ce pays on ne boit pas de café, on boit du thé.

Vous pouvez voir sur cette image que le restaurant est richement décoré, les murs sont sculptés, vous verrez que ces motifs sont omniprésents dans ce pays.

Après un débarbouillage rapide dans le lavabo des toilettes publiques au rez-de-chaussée, gardées par une babouchka cerbère, nous prenons la direction de l'immense place ronde qui fait face au restaurant. De l'autre coté, l'UZBEKISTAN HOTEL, le plus grand du pays, un symbole à lui tout seul du constructivisme soviétique : un énorme bloc de béton. J'adore. C'est là que nous allons changer nos premiers dollars en sums, la monnaie locale.

Quelle ne fut pas la surprise de se retrouver avec une énorme liasse de billets ! C'est bien simple, le plus gros billet est de 1000 sums, ce qui équivaut à environ 50 centimes d'euros, pour 100 $ vous vous retrouvez donc avec 180 000 sums, soit 180 billets si vous avez des grosses coupures, plus de 500 si on vous donne des billets moins clinquants. En épaisseur, ça fait 5 centimètres, et ça pèse le poids d'un bon steack. Impossible à glisser dans une poche du short !

Retour au centre de la place. Il est 9h00 et le soleil tape déjà très fort et comme vous pouvez le voir sur cette image, point de nuage en vue ! La température est d'environ 40 °C. Il est grand temps de faire les présentations avec le plus grand homme du pays. Voici AMIR TIMUR (Tamerlan en français), le conquérant, imaginez un mélange entre nos Vercingétorix, Charlemagne et Napoléon, cela vous donnera une idée. Il vécut au XIVe siècle. Si vous voulez en savoir plus jetez un oeil à wikipedia.

Je préfère vous prévenir tout de suite, AMIR TIMUR est omniprésent, on va le retrouver partout, tout le long du voyage : c'est la fierté du pays.

Comme vous pouvez le constater on le retrouve sur le billet de 500 sums (Incroyable, il n'aurait pas hérité du plus gros billet ?).
Non loin de là, un bâtiment à l'architecture typique, coupole et motifs ouzbèks. Deux jolies touristes se prennent en photo devant (sûrement des Russes, très présents dans le pays évidemment). Ce bâtiment a l'honneur suprême du billet de 1000 sums. Mais que cela peut-il bien être, un simple bâtiment, supérieur à AMIR TIMUR ?

Chers amis, voici le musée... AMIR TIMUR.

Anecdote : Non loin de là se trouve un immense immeuble moderne, mais toujours avec un design typique, je prends quelques photos sans même savoir ce que c'est... et me fais arrêter par un policier bas de front et peu causant qui me demande instamment d'effacer mes photos, en vérifiant sur l'écran de mon appareil. C'est un bâtiment officiel dont j'ignore tout. Ces images étaient sûrement sans grand intérêt, je suis sur la voie publique, sur la place la plus touristique de la ville qui plus est... et c'est bien la première fois que l'on me demande d'effacer mes photos ! Je vais vite comprendre que l'Ouzbékistan a gardé un fonctionnement très soviétique, la police y est omniprésente, le pouvoir tout puissant (le président Karimov [qualifié "d'autoritaire] est en place depuis le jour de l'indépendance en 1991), et il ne vaut mieux pas tenter le diable si je veux garder mes appareils... il va falloir être discret.

Plus loin, nous voilà devant la place de l'indépendance. C'est la place la plus prestigieuse du pays, un immense terre-plein rythmé par des jardins, des bassins et bâtiments officiels, c'était le lieu où défilaient les chars autrefois, il y avait d'ailleurs une inévitable statue de Lénine, déboulonnée depuis.
L'emblème de l'Ouzbékistan est là : 3 oiseaux semblables à des cigognes. Le lieu est relativement désert, de rares familles déambulent, il est vrai qu'il fait très chaud. De nombreux ouvriers sont là, à récurer les bassins et bichonner les jardins, car dans quelques jours, le 1er septembre, aura lieu la fête de l'indépendance, l'équivalent de notre 14 juillet.

Plus loin sur la promenade nous trouvons des mémoriaux en l'honneur de soldats disparus. Remarquez ces colonnes de bois sculptés, elles sont un des symboles de l'architecture ouzbèk et du travail de sculpture sur bois. Nous allons en revoir beaucoup tout le long du voyage.

Voici les bassins dont je vous parlais... pour l'instant en sommeil. Nous ferons un petit trajet en métro juste "pour voir". Là encore, présence policière pléthorique avec interdiction absolue de faire des photos. Le métro ressemble comme 2 gouttes d'eau à son équivalent moscovite (en moins impressionnant), les rames sont d'ailleurs exactement les mêmes, les inscriptions en cyrillique.

TASHKENT. KHAZRAT-I IMAM ENSEMBLE.

The ensemble was built on the tomb of one of the first Imams of Tashkent, a famous scientist and expert on the Koran Abubekr Mukhamad Kaffal Shashi.

XV-XVIth CENTURY.

Mahmoud nous emmène ensuite à l'écart du centre ville vers un ensemble architectural majestueux. On peut y voir coupoles, minarets, mosquée, mausolées et madrasas, les écoles coraniques. Je préfère t'avertir tout de suite cher lecteur : 99 % des monuments que nous croiserons le long du parcours seront de ce style. Le 1 % restant sera d'architecture russe. Ces monuments sont souvent reconstruits sur des lieux de vestiges, dont certains sont très anciens. Ici la plupart des constructions sont récentes, regroupées autour d'un mausolée très ancien datant du XVe siècle.

Plusieurs cigognes sont là dans un jardin, déambulant librement. Je retrouve l'emblème de l'Ouzbékistan vu place de l'indépendance. Etrange univers mélangeant cigognes, coupoles et minarets..

Je m'attarderai beaucoup sur les détails durant le parcours. L'architecture obéissant au même principe d'ensemble, c'est dans les détails que nous trouverons des trésors.

Nous allons découvrir un pays à très forte tradition artisanale, un savoir-faire séculaire, le travail de la matière est prodigieux, nous découvrons les portes en bois sculptées, les broderies de tissu... les peintures de miniatures.

Tout est fait à la main. Ces artisans ci-dessous peignent de petites boîtes en papier mâché.

Celui-ci sculpte de superbes plateaux en bois.

Ce jeune garçon est en train de polir un lutrin, un objet en bois qui sert à poser le Coran. C'est une sorte de casse-tête ouzbèk qui se plie et se déplie dans 7 positions différentes. Un très bel objet, j'en achèterai un le dernier jour du voyage pour une vingtaine d'euros.

Nous passons devant l'horloge aux 5 prières. Une immense mosquée de 3000 places à été construite, flambant neuve, mais elle est totalement vide et déserte. Il semble que tout soit fait pour accueillir les fidèles et promouvoir la religion, mais celle-ci n'attire pas encore les foules.

Je me régale d'observer tous les détails, des plus petits...

aux plus grands.

Non, cette coupole n'est pas la même que la précédente, observez bien les détails !

TASHKENT. CHORSU (ESKI JUVA) BAZAAR.

Eski Juva bazaar is the biggest and oldest, not only in Uzbekistan but in the whole of Central Asia.

Après un délicieux ploff dans un restaurant typique (près de l'immense tour de télévision de 385 mètre de haut) nous nous dirigeons vers le marché de la ville. Ce marché est le plus grand d'Asie centrale et c'est une plongée dans un univers extraordinaire. Le photographe y perd la raison tant il y a de détails, de matières, de couleurs, et bien sûr de visages à photographier.

Voici donc quelques images prises à la volée dans ce lieu. C'est immense, les halles et les hangars se suivent à perte de vue. Tout y est impeccablement organisé : les vendeurs sont regroupés par catégories : les légumes dans un hangar, les céréales dans l'autre, les sucreries dans le suivant, fruits, boucherie... vêtements, tout est là !

La plupart des femmes aiment se faire photographier ou n'y prètent pas attention. Rares sont celles qui opposent un refus. Elles sont toutes très apprêtées, avec des robes chatoyantes (comme souvent dans les pays où le soleil fait éclater les couleurs). Elles ont très souvent des dents en or : une vieille tradition, cela sert à la fois de couronne et de coffre-fort, un moyen de garder sa richesse en lieu sûr !

Le hangar central est un immense dôme metalique. Le contraste est étonnant entre un chaos qui semble régner alors que tout est propre et ordonné, la deuxième surprise réside dans la richesse et l'abondance des produits, on trouve vraiment de tout en grande quantité, et les gens ont l'air radieux.

Je me promène dans les allées, appareils aux aguets.

Le melon jaune est un autre emblème de l'Ouzbékistan, on en sert absolument partout, tout le temps, au petit-déjeuner, à tous les repas, et même en portion dans la rue. Nous nous offrons une tranche, il est absolument délicieux, très sucré et fondant.

Le marché est un lieu de vie que ne semble jamais s'endormir... mais certains y trouvent tout de même le sommeil sur un sommier de fortune, le temps de récupérer quelques forces.

Voici une vendeuse de berceaux. Pas le choix, ils sont tous comme ça. Qui a dit kitsch ? : )

Tandis qu'un jeune Elvis ouzbèk me toise du regard derrière ses lunettes, les anciens jouent paisiblement aux échecs .

UZBEKISTAN AIRWAYS. AIRBUS A320.

FROM TASHKENT TO URGENTCH

Il est grand temps de repartir vers l'aéroport, prendre un vol intérieur vers Ourgentch, à l'ouest du pays. Décollage à 16h00. Je tente de prendre quelques photos des pistes en attendant notre vol et me fait immédiatement réprimander par... un guide ouzbèk en civil accompagnant son groupe, qui me hurle "NO PHOTO !" dans le hall. Je me retourne furieux pour lui demander pourquoi il crie de la sorte, il me menace alors d'appeler la police... Ok, je laisse tomber. Le vol intérieur se fait d'ordinaire sur des Tupolev, mais nous allons profiter d'un des tous premiers vols de l'Airbus A320 flambant neuf que vient d'acheter la compagnie aérienne nationale, on en voit d'ailleurs des photos de l'inauguration dans les journaux locaux.

Je garde mon appareil à la main mine de rien pour essayer de capter une image du vol, mais dès que l'on monte à bord une hôtesse me demande immédiatement de ranger mon appareil dans mon sac, me signifiant qu'il est absolument interdit de prendre des photos à bord...

URGENTCH. WESTERN UZBEKISTAN.

KHORAZM WILOYAT

Nous atterrissons finalement sans encombre à Ourgentch, et découvrons notre hôte Soukhrob, un grand gaillard costaud, très souriant, qui nous mène aussitôt à sa voiture direction Khiva à 30 minutes de voiture environ. Il nous explique en chemin avoir fait dans la journée 8 heures d'une route épuisante depuis Boukhara, avec un problème de taille : il y a pénurie d'essence dans tout le pays, les pompes sont à sec, et des heures de queue sont nécessaires pour remplir un bidon. À la question : Pourquoi cette pénurie, Soukhrob nous répond simplement "on ne sait pas, le gouvernement ne nous l'a pas dit". C'est aussi simple que ça.

FROM URGENTCH TO KHIVA.

30 km. 30 minutes by car.

Là, nous prenons nos quartiers dans un hôtel très correct en bordure de la citadelle. Après une bonne douche sur cette journée interminable, nous découvrons cette magnifique table qui nous attend, et arrosons notre repas de vodka ouzbèk.

Le contact avec Soukhrob est très facile et nous sommes immédiatement très à l'aise en sa compagnie. Littéralement épuisés par la journée nous allons nous coucher vers minuit. Soukhrob nous donne rendez-vous pour le petit-déjeuner à 8h30, mais je décide, si j'en trouve la force, de mettre le réveil à 5h30 pour m'offrir le lever du soleil sur la forteresse de Khiva... que je n'ai pas encore vu. Soukhrob m'explique que pour la trouver c'est très simple : elle est au bout de la rue. Nous verrons bien si j'ai la force de me lever dans 5 heures après une journée de 48... À demain !

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