Journal d'un roadtrip de 10 jours en Ouzbekistan

mercredi 25 août 2010

Cher ami lecteur, nous entamons ce matin de mercredi notre huitième et avant-dernier jour du périple, nous ne le savons pas encore mais nous allons vivre une journée exaltante. Il est en effet prévu de nous rendre à SHAKHRISABZ, la ville natale d'AMIR TIMUR, à 2 heures de route au sud. Quand nous quittons l'hôtel, les gamins de la rue jouent comme d'habitude. Une immense vigne va bientôt ombrager la rue, c'est un endroit très agréable.

Nous prenons donc la voiture, direction le Sud, vers l'Afghanistan, découvrir la ville natale du personnage mythique (ci-dessous) qui nous accompagne de son aura depuis le début du périple.

FROM SAMARKAND TO SHAKHRISABZ.

2 hours road down to the south of Uzbekistan across the mountains.

Et hop, un nouveau monument dans notre besace !

Ci-dessus, ce n'est pas un monument mais un un abribus, ci dessous, une carte datant de l'ère soviétique.

Le petit plus de ce périple par rapport aux précédents, c'est la traversée des montagnes du sud de l'Ouzbékistan, annonciatrices des montagnes afghanes, 300 km plus au sud. Nous les voyons apparaître soudainement à l'horizon.

Après une bonne heure de route, nous atteignons un col, souligné par un immense monument soviétique du plus pur style, je ne pouvais rêver mieux. Ce col est un arrêt obligé pour les automobilistes de passage, et de nombreux autochtones sont là pour vendre leurs denrées, dont beaucoup d'enfants qui proposent des sachets d'herbes aromatiques : menthe sauvage, citronnelle, gingembre etc.

Les marchands sont installés à même le sol, à l'ombre de leur Lada.

Mais laissez moi vous présenter JOJO... Incroyable petit garçon qui se trouvait là, un peu à l'écart des autres. J'ai tout de suite craqué pour lui, sa bouille, et son tee-shirt.

À la différence des autres gamins, JOJO n'avait rien à vendre, il se contentait d'être là, jamais très loin de moi, un stylo dans la main, un mouchoir dans l'autre. Je devais l'intriguer, mais sa timidité de petit garçon l'empêchait de s'approcher.

J'essayais de communiquer, mais c'était évidemment difficile. Je voulais qu'il s'accroupisse car debout sur ce mur il était trop haut moi et mon grand angle, et je tenais à capturer la malice de ses yeux.

Je le guidais finalement de ma main et il finit par comprendre, se baissa, je pus alors faire ce portrait de mon petit JOJO.

Do you like "JOJO" ?

Alors que je m'éloignais il courut en ma direction, plus s'éloigna, sans jamais rien me demander, alors que tous les autres enfants n'avaient de cesse de me solliciter...

... et ce n'est que bien plus tard, alors que j'écris ces lignes, que je me rends compte qu'il est aussi sur cette photo, tout petit à droite de ces femmes. Je me pose encore aujourd'hui des questions sur JOJO, que faisait-il là ? où sont ses parents, sa mère fait-elle partie de ces femmes ?...Peut-être est-ce celle du centre au regard intense, peut-être celle de droite à côté de lui ? En tout cas, mon p'tit JOJO est toujours aussi craquant, avec son sourire et sa casquette d'aviateur.

La route se poursuit sans encombre. Nous atteignons la région de SHAKHRISABZ, la frontière est marquée par cet étrange monument en béton.

Nous croisons de nombreux troupeaux sur la route. La région y est propice.

Ci-dessous un pur vestige de l'empire soviétique : une immenses usine, ornée d'un logo central montrant le produit exploité, associé à un autre logo, ou picto rappelant la culture du pays (en bleu dans les angles).

SHAKHRISABZ.

QASHQADARYO WILOYAT. UNESCO WORLD HERITAGE SITE.

One of the Central Asia’s most ancient city (2700 years).

Alexander the Great chose to spend his winters and met his wife Roxanna in the area in 328-327 BC.

Birth place of Amir Temur.

Shakrisabz est une ville très animée, bruyante, vivante mais agréable. Ci-dessus on peut voir une pharmacie, siglée en cyrillique "ANTEKA", héritage russe.

À l'approche des monuments, la route est barrée par les policiers à cause de la mise en place des décorations du 1er septembre mais Soukhrob descend de la voiture pour leur parler et 30 secondes plus tard les barrières s'ouvrent pour nous laisser passer : pas une barrière ne résiste à Soukhrob, notre géant.

On trouve d'abord une statue (géante elle aussi) d'AMIR TIMUR, on n'en attendait pas moins ici, dans sa ville natale...

SHAKHRISABZ. AQ-SARAY PALACE.

The “White Palace” was planned as the most grandiose of all Timur's constructions.

It was started in 1380 by artisans deported by Timur from the recently-conquered Khwarezm.

Unfortunately, only traces of its gigantic 65 m gate-towers survive, with blue, white and gold mosaics.

Above the entry of the Ak-Saray are big letters saying: "If you challenge our power, look at our buildings !"

Dans le prolongement de la statue, les vestiges de l'un des plus grands monuments érigé à cette époque (XIVe siècle), vraiment phénoménal.

"Le palais blanc" vous accueillait, sous une voûte de 65 mètre à son point culminant, d'une longueur de plus de 100 mètres. Sur le toit existaient promenades et jardins, on y trouvait même un bassin ! Il ne reste malheureusement pas grand-chose, mais les vestiges encore présents donnent une idée du gigantisme de la construction.

À l'entrée du bâtiment était écrit en lettres géantes : " Si vous doutez de notre puissance, regardez la taille de nos constructions ! "

Je capture quelques images, et croise ces petits jumeaux à pois roses.

Les ouzbèks sont très attachés à leur patrimoine, la majorité des touristes sont des autochtones, curieux de découvrir les traces de leurs ancêtres. Remarquez ci-dessous qu'ici comme ailleurs, les jeunes femmes ouzbèks sont très féminines.

Derrière les vestiges, cet arbre abrite de la chaleur des femmes qui vendent des souvenirs. Nous décidons d'aller manger quelques chachliks non loin d'ici, et improvisons une visite du marché de SHAKHRISABZ. Nous avons fait le bon choix, car ce marché est encore plus fou que celui de Tashkent, un lieu tout simplement inoubliable.

SHAKHRISABZ (GIANT ! AMAZING ! FANTASTIC !) BAZAAR.

QASHQADARYO WILOYAT.

Un portail marque l'entrée du marché, et là, nous rentrons dans la 4e dimension.

Tout d'abord, un marché couvert, classique, très semblable à celui de Tashkent, encore une fois, très propre, sans mauvaises odeurs, malgré la chaleur et l'absence totale de climatisation, l'absence même d'une simple réfrigérateur.

Comme à Tashkent, le marché regorge de nourriture, fruits, légumes, viande, céréales, fromages, sucreries, tout est là, bien frais et en abondance. Les étals sont parfaitement entretenus, rangés, classés par famille.

Et ici aussi, les femmes se font un plaisir de prendre des poses...

Bon... ça ne marche pas toujours, évidemment, certaines font la gueule !...

... mais c'est une infime minorité, dans l'ensemble, elles sont toujours souriantes, et posent avec plaisir devant l'objectif.

Des milliers de femmes sont là, pourtant c'est un homme qui vend des vêtements pour enfants.

Oui, les femmes sont souriantes...

... mais les hommes sont tout aussi cordiaux.

Voici probablement 2 soeurs ? qui fabriquent des bonbons.

Mais le plus fascinant est à venir. Derrière le marché couvert où l'on trouve principalement de la nourriture commence un invraisemblable labyrinthe de ruelles, remplies de stands minuscules à perte de vue.

Ici l'ordre n'est plus de mise, c'est l'inverse, on trouve un marchand de viande coincé entre un marchand de tissu et un étal de savon, le suivant proposant des fournitures scolaires... ou des boissons, comme ci-dessous.

Étrange comme les petites filles ont souvent les cheveux coupés très courts. Elles ressemblent à des petits garçons, seules les boucles d'oreille viennent leur donner une touche de féminité.

Mais laissez-moi vous conter cette sensation : alors que nous nous enfonçons dans le labyrinthe, prenant à gauche, à droite, nos pas nous mènent dans une boutique, puis une autre, en enfilade avec la suivante, les échoppes forment un tunnel qui s'enfonce sous terre...

... nous ne savons pas où nous mènent nos pas, alors nous avançons, mais ce couloir semble sans fin, éclairés par quelques ampoules faiblardes, les boutiques, les étals se suivent sans jamais ne sembler devoir s'arrêter, nous décidons de rebrousser chemin au bout de 10 bonnes minutes de spéléo pour enfin retrouver... la lumière : ouf ! Nous étions dans le ventre du bazar de SHAKHRISABZ, vertigineuse sensation.

Ici des marchands d'huile de coton, très utilisée ici. Peu recommandée pour ses vertus digestives...

Nous quittons le marché après une bonne heure à errer dans ce dédale et rejoignons Soukhrob, qui nous attend à la terrasse du restaurant où nous avons mangé... des chachliks, comme d'habitude.

SHAKHRISABZ. KOK-GOUMBAZ MOSQUE (the blue mosque).

QASHQADARYO WILOYAT.

Built in 1435 by Oulougbek, Amer Timur little son.

À quelques centaines de mètres du marché se trouve une très ancienne mosquée en rénovation, datant du XVe siècle.

L'intérieur est fantastique, et pour la première fois, j'y trouve cette couleur jaune, avantageusement couplée avec ces tons bleu marine.

De nombreux mausolées sont là, abritant des tombes richement sculptées.

Derrière cette porte je remarque des femmes comptant des billets éparpillés sur un canapé, à la vue de mes appareils photos ils me font signe que je ne dois pas les photographier, mais comme à son habitude, Soukhrob intervient (sans que je lui demande quoi que ce soit) et les apostrophe, les sermonne et leur dit : "laissez-le donc prendre quelques photos si ça l'amuse !" Je profite de l'aubaine pour faire quelques clichés.

Les femmes sont en fait en train de trier et compter les offrandes laissées sur les lieux par les visiteurs...

... sous le regard du comptable du lieu.

Un peu plus loin, un mausolée sous terrain (une première) qui était destiné à recevoir le corps d'AMIR TIMUR. Sa dépouille n'est finalement pas arrivée jusqu'ici, mais le mausolée lui est bien là. On a bien trouvé un corps dans cette tombe, mais il s'agissait d'un imposteur, un homme à réussi à profiter du luxueux tombeau laissé vacant pour se faire enterrer là. Découvrant la supercherie, le tombeau fut vidé et reste symboliquement le lieu où devait reposer le grand homme.

ROAD BACK TO SAMARKAND FROM SHAKHRISABZ.

Il est déjà 16h15, nous devons reprendre la route pour rentrer à Samarkand.

J'ajoute ce monument à notre collection.... Remarquez le bas-relief (dans la partie inférieure) typique du constructivisme soviétique avec l'ouvrier, le camion et la grue.

... Puis je capte ces quelques clichés des montagnes qui arrivent déjà.

Les ouzbèks conduisent vraiment comme des dingues, c'est effrayant. Ils doublent dans des zones totalement aveugles, advienne que pourra.

Cette voiture blanche par exemple nous a doublé à toute berzingue, sans aucune visibilité, un camion a surgi en face, la voiture a donné un violent coup de volant pour se rabattre devant nous, alors que le camion manque de sortir de la route en essayant d'éviter la voiture dans un concert de klaxons. Difficile à rendre en photo, on aperçoit toutefois le passager du camion qui tente de se cramponner...

Nous voici de retour au col que nous avons croisé ce matin. Les enfants nous reconnaissent et nous foncent dessus, une véritable meute de 20 gamins entoure la voiture.

Celui-ci vient me montrer ses superbes faucons.

Mais où est passé le petit JOJO ? Je ne le vois pas ! Nous achetons des herbes diverses, ils les vendent en sachet, 1000 sums l'unité (50 cts d'€). Les gamins sont si persuasifs qu'ils réussissent à vendre des herbes à Soukhrob ! Il n'en revient pas lui-même : )

Nous ne sommes plus très loin à présent de Samarkand, et, tout le long de ces routes de montagne, une conduite de gaz nous suit, comme un fil d'Ariane.

Nous voici arrivés à la nuit tombée à l'hôtel. Nous décidons de sortir pour nous remettre de nos émotions. Et vu que c'est notre dernière nuit en compagnie de Soukhrob, c'est une "PICOLO PICOLO" night fever qui nous attend.

SAMARKAND. "PICOLO PICOLO" VODKA NIGHT PARTY.

Celebrating... life !

Nous prenons donc un taxi, direction ce luxueux et très animé restaurant qui dispose d'une grande terrasse, et d'un intérieur que vous découvrez ci-dessous. On nous propose une loge privée, dans laquelle on peut manger à plusieurs en toute intimité. Nous refusons et optons pour la terrasse...

... terrasse qui devient vite une piste de danse. Encore une fois, des femmes d'un certain âge s'en donnent à coeur joie et se trémoussent sur une musique orientale sans souci du "qu'en dira t-on ?". À la vue de mon appareil photo, loin d'être effarouchées, elles m'invitent à partager leur allégresse et les photographier.

Nous finirons la deuxième bouteille de vodka à l'hôtel, comme à notre habitude... le sentiment du devoir accompli.

jour 7            jour 9            Index