Journal d'un roadtrip de 10 jours en Ouzbekistan

Samedi 21 août 2010

BUKHARA.

BUKHARA WILOYAT

Je viens de changer 50 $, voici l'équivalent en sums (90 billets). Après un délicieux petit déjeuner (thé, gâteaux, pain, confiture, fromage, fruits...) nous partons à la découverte de Boukhara. C'est une ville extrêmement agréable car on y trouve très peu de circulation, on s'y balade à pied dans un centre historique très riche (pas moins de 140 sites classés patrimoine mondial de l'UNESCO !), parsemé de superbes bâtiments et d'échoppes souvenirs (offrant peintures de miniatures, ainsi que les célèbres tapis et suzannis, ces pans de tissu brodé). Avec le recul je peux le dire : ce fut de loin ma ville préférée, et je ne dis pas ça parce que c'est la ville de Soukhrob.

Tout près de l'hôtel voici une première madrasa (école coranique je le rappelle) aujourd'hui transformée en atelier d'artisans.

Plus loin des ruelles avec surprise : une synagogue. Boukhara en compte 2.

Nous sommes entrés à l'intérieur pour contempler les murs de cette synagogue très ancienne. En ce samedi matin nous étions le jour de shabbat, pendant la prière qui plus est, je fis donc quelques photos aussi disctrètement que possible.

 

 

Retour sur nos pas pour observer cette madrasa. Sur son fronton, de superbes oiseaux se font face.

A l'intérieur de jeunes filles tissent des petits tapis souvenir pour les touristes.

En face de ce bâtiment, on en voit un autre qui lui ressemble, mais cette fois-ci c'est un ancien caravanserail. Des derviches y demandaient l'aumône autrefois au pied de cette porte. Rappelons que le mot derviche vient du perse et il veut dire "mendiant". Les derviches choisissaient une vie d'ascétisme requérant pauvreté et une extrême austérité. Ils ne survivait que grâce aux dons des marchands et clients du caravansérail.

Certains derviches du monde turco-perse participent à des rituels, qui consistent souvent en des invocations répétées du nom de Dieu (dhikr), ou en d'autres pratiques hypnotiques comme la danse ou le chant jusqu'à l'extase mystique, l'anéantissement.

La confrérie la plus connue est celle des derviches tourneurs en Turquie et en Iran qui dansent en tournant, une main tournée vers le ciel, l'autre vers la terre.

Voici quelques femmes arrachant des mauvaises herbes à la main...

Le centre ville est très agréable, on y trouve un joli parc et un bassin, bordé de restaurants. Beaucoup d'enfants jouent et montrent de l'insouciance. On sent qu'ils sont heureux, épanouis et sans contraintes.

Au centre du parc se trouve cette statue en bronze... représentant je ne sais quel personnage. Les familles aiment se photographier devant et j'en profite pour saisir cette image, la ressemblance entre le personnage sur le cheval et le poseur est tout à fait étonnante vous ne trouvez pas ?

Le hasard a bien fait les choses car je peux vous garantir qu'il n'y a pas un visage ouzbèk, il y en a 1000. C'est très étonnant de voir autant de races et d'origines diverses (turcs, mongols, kirgyses, turkmènes, russes, ariens, il y a même des coréens du nord, exilés par Staline !) vivrent ensemble, sous un même drapeau.

Ci-dessous non pas une bagarre de rue, mais des jeunes qui s'amusent en pratiquant le sport national : la lutte, le fameux « Kourach ».

Les femmes sont souvent très élégantes, portant ombrelle et robes richement brodées.

La ville est cernée par des coupoles marchandes classés par corporations. Certaines ont été détruites mais il en reste 3 : les bazars Taqi Sarrafon (changeurs de monnaies), Telpak Furoshon (chapeliers) et Taki Zargaron (bijoutiers). Le système de toit à coupole assure semble t'il une meilleure ventilation.

Voici 2 madrasas qui se font face : la madrasa Ulugbek (magnifique) et la madrasa Abdulaziz-Khan en pleine restauration.

J'en profite pour passer un petit moment à observer le savoir faire millénaire des ouvriers.

Chemin faisant, nous jetons un coup d'oeil furtif à cette mosquée en pleine restauration. Les anciennes décorations intérieures sont absolument somptueuses !

Nous voici ensuite chez les fabricants des célèbres tapis ouzbèks. Ils sont en laine de chameau, ou en soie pour les plus précieux. Chaque tapis demande plusieurs mois de travail à une ouvrière. On reconnaît la provenance des tapis à leurs motifs.

Au fond de la salle on s'active à la fabrication. Cette ouvrière regarde au sol le plan de tissage qui semble pour le moins compliqué !

Non loin de là, se trouve une boutique regorgeant de superbes exemples du savoir faire ouzbek : peinture de miniatures, vaisselle de faïence, boite en papier mâché, suzannis, tapis... Cette immense et superbe maison sur 3 étages appartient à une riche famille de commerçants, dont le patriarche est un personnage haut en couleur. Il est peintre de miniatures, ces peintures aux détails infinis, aux couleurs très pures (utilisant souvent la feuille d'or, ayant pour support du vieux papier de soie, représentant des scènes de la mythologie perse). Il est assez connu et expose même à Paris (il a d'ailleurs eu un article dans le Figaro).

Fin négociateur et entrepreneur, il a réussi a faire de sa famille une entreprise florissante: tous ses enfants neveux et nièces sont en charge d'une activité, mais ils sont surtout très doués ! Voici Madina qui nous accueille avec un Français presque parfait. Elle est responsable des boîtes en papier mâché peintes à la main. Medina est extrèmement sympathique, on voit derrière elle un mur de "miniatures" peintes par son oncle.

Nous ne pourrons nous empêcher de rentrer dans cette maison plusieurs fois pour acheter des souvenirs, je craquerai pour un suzanni (50 €, mais les plus beaux valent jusqu'à 600 €) mon oncle se paiera un souvenir bien plus onéreux : un superbe tapis de Boukhara âprement négocié avec le chef de maison (1100 $ tout de même).

Les tapis sont le trésor de l'Ouzbekhistan, et leur commerce est très réglementé : interdit de sortir du territoire sans un certificat officiel de provenance du tapis dument signé.

Nous reprenons ensuite l'exploration de la ville, vers un des lieux les plus mythiques de l'Asie centrale : La miri-Arab madrasa, la seule encore en activité. On voit régulièrement sortir du bâtiment de jeunes futurs imams, coran sous le coude.

Nous pouvons pénétrer dans le hall, mais il est interdit d'y faire des photos. J'en fais quand même une avant de ressortir pour saisir les teintes et les matériaux et cette porte en bois qui doit avoir des siècles.

L'Ouzbékistan est le royaume des enfants : ils sont nombreux à jouer dans les rues, certains font du vélo, d'autres jouent au football (les garçons, les filles, elles, préfèrent faire des rondes), et ils se retrouvent sur ce grand parvis, terrain de jeu parfait pour toutes sorte d'activité et qui ressemble à une cour d'école... pourtant situé entre 2 sites exceptionnels : la madrasa Miri-Arab que l'on vient de voir ci-dessus, et l'extraordinaire Kalyan mosquée.

Quelques enfants essayent de vendre des souvenirs aux touristes et ce petit homme (ci-dessous) s'avéra d'une malice géniale, il balbutia quelques mots de français pour attirer notre attention comme le classique "bonjour monsieur, comment allez-vous ?" mais enchaîna en nous récitant tous les présidents de la république depuis Pompidou, énumérant je ne sais plus quels détails avec un bagout incroyable. Il tenta de vendre à mon oncle quelques cartes postales pour un prix exorbitant, mon oncle lui fit comprendre qu'il n'était pas né de la dernière pluie (chez moi à Toulouse on dit "lapin de six semaines"), mais il trouva de tels arguments qu'il fini par remporter le marché. Une vraie flèche ce gamin, il aurait pu nous vendre n'importe quoi !

Il est temps à présent de pénétrer à l'intérieur de la Kalyan mosquée, avec son immense cour intérieure ne contenant... qu' un seul arbre.

La Kalyan Mosquée est me semble t'il la deuxième plus grande du monde, elle peut accueillir 10 000 fidèles.

Nous explorons le bâtiment désert, ce qui ajoute à sa taille démesurée et à sa majesté.

Nous quittons la mosquée pour nous rendre vers l'ouest de la vieille ville, direction la citadelle Ark qui mérite elle aussi tous les superlatifs.

Chemin faisant nous croisons un marché de tapis tout à fait exceptionnel : des tapis immenses recouvrent les façades des maisons !

Nous longeons enfin l'impressionnant mur d'enceinte qui atteint une vingtaine de mètres de hauteur...

... puis pénétrons à l'intérieur de la citadelle qui était le lieu de résidence de l'Emir jusqu'en 1920. Sur la gauche, le long de ce corridor, se trouvent des cellules dans lesquelles étaient enfermés les prisonniers de marque.

À force de parler de Genghis Khan j'ai parfois l'impression de le croiser...

BUKHARA. CENTRAL UZBEKISTAN.

Night visit.

En revenant vers notre hôtel nous avons croisé l'entrée du hammam de Boukhara qui n'a pas changé depuis le XVIe siècle. Nous avons décidé d'y aller à la nuit tombée.

Laissez-moi vous conter ce moment.

D'abord un vestiaire minimaliste : quelques casiers dans la salle d'acceuil, on se retrouve tout nu, avec une serviette, et des claquettes d'un autre âge, taille 48.

1re étape : 20 minutes d'une salle tiède. Le plus étonnant, c'est que les femmes sont dans la salle d'à côté, sans vraiment de séparation, et qu'elles traversent notre salle pour sortir, alors que nous sommes nus. Cela ne pose aucun problème. Incroyable pour un pays musulman !

2e étape : Ali, 25 ans, une force de buffle me siffle que c'est mon tour de passer sur le billard, en l'occurrence une dalle de granit : 20 minutes de torsion, de friction, il m'a même marché dessus, debout sur mon dos, faisant craquer mes côtes une après l'autre, sans oublier plus tard de me tordre le cou, je n'ai pu réprimer des hurlements de douleurs qui résonnent encore sous cette coupole.

Pourtant, pendant ces exactions barbares, Ali me parlait comme si de rien n'était, me racontant avoir 2 enfants et balbutiant quelques mots de français, comme "chatouille ?" quand il me frictionna la plante des pieds et que je ne pu réprimer un incontrôlable gigotage. Chaque partie du massage est ponctuée par une pleine bassine d'eau tiède versée sans prévenir sur la tête : viril je vous dis.

Une fois le massage terminé, Ali se munit d'un bol rempli d'une pate orange, il commença à me frictionnait le dos avec... puis pris une grosse noix dans sa main, me la tendit et me dit "penis". Je le regardais interloqué ? (qu'auriez-vous fait à ma place ?!) il insiste, presque autoritaire : "PENIS !" Je compris alors qu'il fallait que je m'enduise les parties génitales avec cette pâte orange. Il s'agissait d'une purée de gingembre...

Je peux vous garantir que dans les 2 minutes qui suivirent je senti une chaleur paroxysitique envahir ma virilité (et le reste de mon corps), une chaleur que n'avait de cesse d'augmenter, si bien que j'avais réellement l'impression de cuire. ALI rigolard me disant :" It's good for you, tonight, your wife will be happy !" le problème c'est que de femme, ici, je n'avais point.

Un dernier rinçage, une friction à l'eau de rose, enturbanné ensuite dans une serviette tiède, le moment était venu de se remettre de nos émotions, autour d'une table pour boire un bon thé.

Notre masseur Ali posant pour la photo avec Samuel pendant le thé. (Remarquez la taille des mains du bonhomme, imaginez la force)

A ce moment-là, un gamin déboule dans la pièce sans crier gare, et entonne une chanson à tue-tête, sans faire aucun effort d'élocution. La chansonnette est visiblement bâclée, dure 30 secondes mais le jeune patron du hammam sort un billet de 200 sums de sa poche et le lui donne en rigolant. Nous lui demandons : qui est ce gamin ?

Il nous répond : rien juste un gamin du quartier, il passe chez les commerçants pour récupérer quelques sums, il ajoute : il déjà passé 3 fois aujourd'hui !

Avant de partir j'ai pris le risque de pénétrer dans le hammam (100 % d'humidité) avec mon boîtier. A gauche le jeune fils du patron (très fier de son corps, il a exigé que je le prenne aussi en photo de dos, muscles bandés), à droite, son jeune assistant.

Alors qu'Alain et Samuel décidèrent de rentrer à l'hôtel pour discuter devant une bouteille de vodka, je décidais d'aller explorer la ville de nuit avec mon trépied et mon appareil photo.

Un passage devant la place centrale avec son bassin, ses cafés et restaurants.

Puis une exploration nocturne des ruelles de la ville, jusqu'à atteindre la place où nous étions ce matin, face à la mosquée Kalyan, et son majestueux minaret.

Le Kalyan minaret (46 mètre de haut, 9 mètres de diamètre à la base, construit en 1127 !) surnommé "la tour de la mort" car c'est de son sommet que l'on jetait les criminels et femmes adultères dans un sac ficelé contenant un chat sauvage (ben oui, sinon c'est trop sympa).

Ce minaret de presque 1000 ans a survécu à tout, y compris à Gengis khan, qui, impressionné par une telle hauteur (exceptionnelle pour l'époque !) en perdit son chapeau. C'était la première fois que quelqu'un osa faire tomber le chapeau de Gengis Khan, et celui-ci, prenant cela comme un signe, décida d'épargner le minaret alors que la ville fut totalement rasée. Quand l'armée soviétique arriva ici en 1920, les chars s'en servirent de cible (pour régler leur canon ? par amusement ?), et endommagèrent le minaret dont la tête se détacha. Il fut reconstruit par la suite... il est toujours là aujourd'hui.

Il est temps de rentrer à présent à l'hôtel pour retrouver Alain et Samuel devant une bouteille de vodka sérieusement entamée...

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