Journal d'un roadtrip de 23 jours en Islande

Mercredi 5 août

VÍK Y MYRDAL.

Réveil douloureux en ce qui me concerne : la douche dont je rêvais n'aura pas lieu. Je m'en suis rendu compte une fois nu comme un ver, tournant l'unique robinet d'eau chaude... enfin glaciale, car d'eau chaude il n'y avait plus. Terrible déception de se rhabiller sans les ablutions promises, dieu merci Emilie eu plus de chance et c'est dans un nuage vaporeux qu'elle sortit de la salle de bain réservée aux femmes.

Nous avons pris notre temps : la météo est à nouveau exécrable, et à 11h00 du matin nous sommes toujours à boire du café dans la salle commune, j'en profite pour recharger toute mes batteries et checker mes premières photos sur l'ordinateur.

Le vent a été terrible dans la nuit, et ils sont nombreux à s'être réfugiés dans la salle pour dormir à même le sol.

Je remarque en face de moi un homme au visage incroyable, et je brûle de faire un portrait. En même temps je me dis qu'il prend son petit déjeuner, et que je vais sûrement le déranger...

J'hésite, hésite encore, et n'y tiens plus, je vais chercher mon boîtier dans la voiture, puis lui demande d'où il vient et si je peux faire un portrait de lui. Il me répond oui, bien sur, pas de problème. Voici Rune (un prénom à son image !) du Danemark.

Vík est un concentré d'Islande, une toute petite ville blottie entre montagne et mer. Se dirigeant vers la première on atteint son église et son cimetière...

... vers la seconde on atteint sa célèbre plage de sable noir. Élue "Une des 10 plus belles plages du monde"par le magazine américain Islands Magazine.

La mer est démontée. On le voit bien sur ces photos au téléobjectif, alors qu'en pause longue et grand angle ci-dessous, c'est un calme apparent qui règne.

Les Reynisdrangar, ces 3 pitons rocheux viennent magnifier le tableau. La légende dit que ce sont deux trolls pétrifiés par le soleil levant alors qu'ils essayaient de ramener un énorme 3 mâts sur la plage. Le plus haut de ces pitons de lave fait 66 mètres.

Un petit tour en "centre ville" nous donne un aperçu sur l'église en contre-plongée. Nous avons ouï dire que l'on pouvait "grimper" sur la montagne Reynisfjall surplombant la plage de Vík à condition d'avoir un 4x4. Cela nous permettrait d'avoir non seulement un point de vue magnifique, mais ensuite d'atteindre les falaises qui se trouvent de l'autre coté de la montagne, une réserve naturelle mondialement connue pour observer les oiseaux : le cap de Dyrhólaey.

Nous nous lançons donc sur ce chemin boueux extrêmement pentu, à flanc de falaise, le vent devient fou à mesure que l'on monte, je peux vous dire qu'on en mène pas large.

Voici la vue sur Vík que l'on obtient au sommet du chemin :

Alors là je vais être très clair : de ma vie je n'ai jamais vu un vent pareil. Nous arrivons tout juste à tenir debout, la voiture de 3 tonnes, même à l'arrêt est violemment secouée. Les nuages noirs glissent sur nous à une vitesse folle, dans un sifflement infernal. Il est 15h00, il fait presque nuit.

Nous arpentons la montagne en suivant ce chemin. L'endroit est désert, mais nous apercevons un jeune couple (un peu fou !) en bord de falaise, ils sont couchés par terre et s'agrippent à des mottes d'herbe pour ne pas se faire emporter par le vent. Ils ont l'air de s'amuser.

Il est temps de se restaurer un peu. L'avantage de cette voiture c'est sa largeur : on peut y pique-niquer et mettre à disposition tout le matériel photo. Car je photographie aussi beaucoup en conduisant...

Au bout du chemin, se trouve une maison abandonnée, et l'ambiance la rend lugubre, presque hantée, on ne s'y aventure pas... je tente une sortie pour photographier l'arche de Dyrhólaey que l'on voit d'ici.

Le couple que l'on a vu plus tôt se rapproche de nous pour nous demander (avec un fort accent espagnol) si on se dirige vers Vík. J'explique au garçon qu'on les a vu allongés, soulevés par le vent, il me répond incrédule : "Yes, it is crazy, now i really beleive i can fly !!!".

Nous ne retournons pas vers Vík, mais allons tenter de redescendre de l'autre coté, vers Dyrhólaey, sans du tout savoir ce qui nous attend :

La pente est vertigineuse !! J'essaie de contrôler la mastodonte en veillant à ne surtout pas se laisser entraîner par la pente. On glisse parfois sur les cailloux, mais les pneus accrochent bien le terrain. Je prie pour ne pas avoir à faire un impossible demi-tour.

Arrivés en bas on constate avec stupeur que la route est barrée par un portail ! Heureusement il est possible de l'ouvrir, nous le refermons derrière nous, en respirant, ouf, c'est fait ! Nous n'avons croisé aucune autre voiture ayant tenté cette expérience.

Nous nous dirigeons vers la plage, au pied de la montagne car le spectacle y est irréel. Et voici une petite erreur d'inattention : nous ouvrons tous les 2 nos portières en même temps, le vent s'engouffre aussitôt dans l'habitacle, une fraction de seconde plus tard on voit un minuscule point blanc, haut dans le ciel au dessus de la mer : notre carte routière !

Je tente une sortie et là c'est l'enfer, une pluie de sable me fouette le visage, les yeux avec une extrême violence et je suis obligé de marcher en aveugle, pas après pas.

Des colonnes basaltiques comme des remparts dans le sable noir, voici la plage de Reynisfjara et sa grotte sombre (Hálsanefshellir) dans lesquelles dit-on, un monstre vécu plusieurs centaines d'années.

Direction le cap de Dyrhólaey qui surplombe. Quelques voitures de touristes sont là et l'on sent dans les regards que l'on croise un mélange d'incrédulité et d'inquiétude. Justifiée : un femme décole littéralement non loin de nous, soulevée par le vent, avant de s'étaler de tout son long. Sans mal, mais avec une bonne frayeur.

CAPE DYRHÓLAEY.

Comme je vous le disais c'est un des plus beaux spots du monde pour observer les oiseaux, mais le vent est tel que pas une âme volatile ne s'aventure dans les airs, et comme on les comprend !

Nous tentons un autoportrait avant de repartir :

Ma déception est tout de même immense : pas un seul macareux à l'horizon... Nous reprenons la voiture, et voici le seul piaf nous croiserons, dans une flaque boueuse, je le prends en photo pour me consoler, me disant que je tiens certainement là une des pires photos d'oiseau de Dyrhólaey de tous les temps !!

D'après mes recherches il s'agit d'un :
Lat : Haematopus ostralegus
Isl :
Tjaldur
En : Oystercatcher
Fr : Huîtrier pie

Nous faisons route vers l'ouest en longeant la côte. Le roadbook prévoit une nuit au camping de Hamragardar. Sur la route, je suis impatient de voir la chute de Skógafoss, et un miracle fait percer un rayon de soleil au moment où nous l'apercevons : 25 m de large, 60 m de haut, ses proportions - proches du nombre d'or - sont parfaites, elle est sublime de beauté.

Nous nous installons dans ce camping à quelques kilomètres (endroit magnifique, peu de monde, très confortable). Il est déjà 23 h00 et nous ne tarderons pas à tomber dans un profond sommeil bercé par le bruit de "la cascade cachée". On en reparle demain.

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