Journal d'un roadtrip de 23 jours en Islande

Mardi 4 août

LANDMANNALAUGAR.

Voici une journée physique qui s'annonce, nous avons dormi profondément, mais le réveil est un peu dur, il fait très froid et humide, le café soluble a le goût de la soupe chinoise de la veille (un conseil évitez les tasses en plastique !), et je regarde d'un oeil circonspect le ciel gris qui menace.

Après avoir récupéré un plan du site auprès de la gardienne du camping, nous nous élançons vers Bláhnúkur "la montagne bleue".

Laissez-moi vous dire que ça grimpe dur, dans le sable qui plus est, c'est épuisant. Il se met à pleuvoir... Mais le paysage qui se dévoile peu à peu vient récompenser nos efforts.

Nous atteignons le sommet de cette montagne. Il y règne un vent assez dingue. Nous apercevons les montagnes multicolores qui nous entourent, et l'immense champ de lave, signature du Landmannalaugar. J'essaie de capter quelques images malgré la pluie.

Pendant notre ascension, nous avons été doublés par un jeune homme qui grimpait à une vitesse fulgurante, et je l'ai d'autant plus remarqué qu'il avait un équipement des plus sommaire : jean, kway, et des chaussures basses que vous mettriez pour aller au bureau. Pas de gants, pas d'écharpe, pas de bonnet... alors qu'il fait dans les 6°C avec un vent polaire.

Il est resté sur cette corniche, seul et silencieux, puis nous a rejoint, je lui ai demandé d'où il venait, nous avons échangé quelques mots, puis j'ai fait un portrait de lui. Ses appareils photos sont à l'image de ses vêtements : un 24x36 à pellicule de très bas de gamme, accompagné d'un Lubitel (la version "pays de l'est" du Rolleiflex).

Voici Drew qui vient tout droit de l'Oregon. Peut-être un jour verra-t-il cette photo ? Je l'espère !

La pluie devient tempête, à mon grand désespoir, j'essaie de protéger mon appareil qui dégouline, le viseur du boîtier est aveuglé par la buée et le froid, l'objectif trempé, les gouttes d'eau ruissèlent sur la lentille frontale...

J'essaie quand même de capter la magie du lieu. Tant bien que mal.

+ Note pour les lecteurs du eROADBOOK, jetez ici un oeil à la ULTRAPANORAMIC PHOTO N° 2 / 20 +

Ce n'est pas facile car la pluie crée un rideau gris sur l'horizon, qui floute l'image et ternie les couleurs.

Mais il faut accepter la pluie quand on vient en Islande, et l'atmosphère d'un climat ténébreux est de celles que je préfère.

Nous redescendons la montagne bleue par son versant, descente vertigineuse dans le sable. Alors qu'Emilie dévale la pente comme un bouquetin, je tombe par deux fois sur les fesses et le dos, sans dommage mais craignant pour le matériel.

Nous voici à présent dans le champ de lave. C'est un chaos indescriptible, heureusement il y un sentier balisé. La roche volcanique est très intéressante à observer, il arrive qu'elle soit vitrifiée, transparente comme du verre.

Plus haut nous découvrons nos premières fumerolles, avec une très forte odeur de souffre. J'essaie de prendre quelques photos, mais il se dégage énormément de vapeur d'eau chaude et l'objectif est couvert de buée. Nous trouvons un abri derrière un rocher pour nous restaurer.

Nous arpentons à présent une seconde montagne, dont le sommet est rond, elle est totalement "pelée", recouverte de petits cailloux. À mesure que nous avançons vers son sommet, le vent, qui ne trouve aucun obstacle à sa surface, semble glisser sur elle avec une force incroyable, je croise parfois le regard incrédule d'Emilie, sans tenter de lui parler : le vent souffle si fort que nous ne nous entendrions pas.

En Islande, contrairement aux USA, les sentiers ne sont pas balisés par des "cairns" (petits tas de cailloux), mais par des "sticks", des bâtons de couleur plantés dans le sol, et on comprend aisément pourquoi : les cairns ne pourraient pas lutter contre un tel vent. En Islande on trouve aussi des cairns, mais ils sont juste là pour le fun.

Puis le sentier nous fait redescendre derrière cette montagne, vers ce qui semble être la naissance de l'immense champ de lave qui nous sépare du campement.

Finalement, après plus de 5 heures de marche, 2 sommets, nous sommes heureux de retrouver notre camp de base, le lieu était fantastique mais je suis très inquiet de la qualité des photos que je vais vous ramener... sans parler du fait que mon appareil est littéralement trempé. Nous constatons d'ailleurs avec surprise (voir la photo ci-dessous) que le campement est quasiment désert, alors que le matin même il était plein. Nul doute que la météo exécrable a eu raison de beaucoup d'aventuriers !

Nous reprenons la voiture aussitôt car la journée est loin d'être terminée. Cap vers le Ljótipollur dont je vous ai parlé la veille. Il est à quelques kilomètres. Célèbre pour ses flancs rouge sang, ce cratère géant (430 000 m2) est né suite à une énorme éruption en 1477. Conditions exécrables, mais j'arrive à capter cette image qui donne une idée de la beauté du lieu. L'endroit est immense, désert, presque lugubre, on a le sentiment qu'un monstre marin aurait trouvé refuge ici.

Il est déja 17h15 quand nous nous lançons sur la fameuse F 208 pour rejoindre la côte sud, et dormir à Vík, tel que notre Roadbook le prévoit. C'est un peu tard, et la météo devient de plus en plus ténébreuse. Nous n'avons aucune expérience des pistes islandaises, et avons de nombreux gués à traverser... mais il faut avancer !

PISTE F208 SUD.

Près de 3 heures nous seront nécessaires, avec de nombreuses péripéties. Tout d'abord ces espagnols, une bande de copains dans 3 berlines de locations totalement inadaptées (interdites !) sur ce terrain. Nous leur avons ouvert la voie sur les 2 premiers gués, avec à chaque fois une prière pour qu'ils ne restent pas plantés là. Au second passage, l'un d'entre eux arrache sa plaque d'immatriculation dans l'eau, les gués s'épaississent, et nous les laissons à la charge de nouveaux 4x4 arrivés à leur hauteur.

Plus tard, nous croisons 2 voitures en sens inverse qui ralentissent à mes cotés. La main à la fenêtre, visiblement paniquée, c'est une danoise qui me demande si j'ai une boussole et m'affirme haut et fort que ce n'est pas la bonne route pour Vík, que cette route s'enfonce dans les terres. Après discussion, je décide de ne pas l'écouter et poursuis ma route, alors qu'elle part en sens inverse, suivie par d'autres voitures qu'elle a réussi à convaincre de faire demi-tour !

Nous étions bien sur la bonne route et dans le bon sens... Cette ambiance de fin du monde, il faut bien l'avouer, fait peur, et peut faire perdre ses repères.

Nous arrivons enfin sur la route 1 vers 20h30 avec le sentiment d'avoir été aux confins du monde, ambiance "Lord of the Rings". Nous trouvons refuge au camping de Vík. Avec de la chance : il y a une salle commune pour se réchauffer et manger notre soupe.

Nous sommes un peu fourbus, silencieux, cette journée fut immense et les images se bousculent dans nos têtes, alors que sous nos yeux, dehors, s'abattent des trombes d'eau.

A côté de nous se trouve une tablée de scouts français, qui entonnent tous en coeur, à chaque fin de phrase, sans prévenir, une chanson de scout. De loin la chose la plus étrange que j'ai vue de la journée.

Jour 2          Jour 4            Index