Journal d'un roadtrip de 23 jours en Islande

Jeudi 20 août

Réveil à 7h00. Après une nuit de tempête, il a tellement plu que le sol est spongieux, détrempé. Le bureau est toujours fermé, et notre seul voisin remballe lui aussi.

Vous voyez au fond, au centre de le photo ? Et oui, on voit d'ici le volcan Eldborg, la "forteresse de feu", vieux de 5000 ans.

Je suis fasciné par les cratères, et j'ai toujours envie de voir ce qu'il a "à l'intérieur", mais il faut faire une heure de marche pour aller le voir et nous n'avons pas le temps. Le guide du routard nous dit que l'intérieur est fait de mousse et de lichens et je me contente de l'imaginer.

Il est 8h30, nous reprenons la route.

PENINSULE DE SNÆFELLSNES.

Cette journée va être très chargée, nous allons explorer la péninsule Snæfellsnes. Cette péninsule est un concentré d'Islande. Pas de temps à perdre donc, c'est parti pour une journée pleine de surprises.

En passant près de cette église ci-dessus, Emilie flashe : cette église, c'est l'église sur la couverture du guide du routard !!! Du coup on tente de faire la même photo.

Nous avons à peine commencé à rouler, qu'un panneau nous annonce des "sucreries" en prenant cette piste. Bon, allons voir...

La piste nous mène vers un monde presque imaginaire. Un volcan est là, aux formes parfaites, ses flancs sont rouges. Quelques corbeaux tournoient autour de lui pour parfaire le tableau.

On ne peut aller plus loin : la route est barrée par ce portail. J'ai oublié de vous parler de la météo : Pluie, vent, 8°C.

Nous passons devant ce cheval solitaire, puis nous reprenons la Route 54 qui longe la péninsule.

Nous voici à l'église de Miklaholt.

Voici la plage d'Ytri-tunga. On a lu qu'on pouvait y voir des phoques, mais des phoques il n'y a pas.

C'est une plage de sable blond, et c'est la première fois que j'en vois en Islande. La beauté sauvage du lieu, le ciel menaçant, les herbes battues par les vents, voilà tout ce que j'aime.

Nous poursuivons notre route dans un immense champ de lave, à perte de vue, et perdue au milieu de cet océan noir on trouve l'église de Buðir. Elle est noire elle aussi.

Elle est située tout près de la mer, ici commence la réserve naturelle de Búdahraun.

Il est possible de partir faire de grandes randonnées, jusqu'à 6-8 heures à travers le champ de lave et en longeant la mer.

Cette église est si belle...

Nous reprenons la voiture et laissons l'église de Budir perdue dans cette immensité, le Búðaklettur.

Regardez bien la photo ci-dessus. On aperçoit une faille sur la droite. Et bien vous savez quoi ? on va aller y jeter un oeil.

Un ruisseau coule au milieu de cette faille, on peut l'explorer et s'enfoncer dans cet univers minéral...

Il est temps de rejoindre Arnarstapi et la statue représentant Bárður Snæfellsás, légendaire personnage mi-ogre mi-humain qui protège la péninsule et dont elle a gardé le nom. Dans notre dos le Mt. Stapafell, une montagne en forme de pyramide aux pouvoirs magiques. Une légende dit qu'elle abrite des hommes miniatures. Juste derrière cette montagne, le glacier Snæfellsjökull à qui l'on prète des pouvoirs énergétiques surnaturels.

C'est de ce lieu dont s'est inspiré Jules Verne pour écrire "Voyage au centre de la terre", l'histoire d'un savant, son neveu et leur guide qui entreprennent un voyage vers le centre de la Terre en y entrant par un volcan islandais éteint (le Snæffel, sous le glacier).

En partant d'Arnarstapi, il est possible de rejoindre Hellnar à pied en longeant les magnifiques falaises basaltiques où nichent de nombreux oiseaux.

Voici la fragile arche naturelle de Gatklettur.

Une colonie de sternes arctiques posée sur un champ d'herbe non loin de nous lutte contre le vent très violent, leur vol est nerveux et désordonné. Je m'approche à pas de loup pour tenter de les photographier.

Celle-ci (ci-dessous) fait du sur-place malgré les apparences.

Le long des falaises, parmi ces herbes folles, il y a parfois de larges puits creusés par la mer où les colonnes basaltiques se sont effondrées. Une providence pour les oiseaux qui trouvent ici un refuge à l'abri du vent et des prédateurs. Chaque recoin est utilisé, et il faut se battre bec et ongle pour le garder.

C'est un endroit inespéré pour les observer. Je me glisse autant que possible à l'intérieur du puit, et demande à Emilie de m'assurer en tenant la capuche de ma parka au cas où je tombe en avant...

Les oiseaux blancs au bec jaune sont les adultes, les becs et plumes noires sont jeunes et encore nourris par leurs parents. Les adultes gardent sans cesse un oeil sur leur progéniture car contrairement aux apparences, l'ambiance est à couteau tiré pour se piquer logis et nourriture.

Vous voyez nos deux oiseaux sur la photo ci-dessous ? (oui, c'est ça, ce sont eux à droite).

J'allais oublier de vous décrire la bande son : un vacarme assourdissant de cris d'oiseaux évidemment, les jeunes parce qu'ils ont faim, les adultes pour rassurer les petits de leur présence.

Soudain j'assiste à une attaque : un jeune en âge de voler fonce droit sur la progéniture pour l'agresser, aussitôt l'adulte prend le défense de son petit, et une bagarre éclate.

L'adulte fini par saisir l'assaillant par le cou et l'envoi valdinguer au fond du puit.

Le jeune, qui doit son salut à sa mère, effrayé par le danger mais pas encore capable de se défendre me lance un regard noir.

Puis la mère revient aussitôt finir de donner la becquée à son petit.

Tout ceci sous le regard impassible des congénères...

Nous finissons la randonnée et revenons à Arnarstapi.

Puis reprenons la route vers Hellnar.

Nous visitons le petit Visitor Center où sont exposées de superbes photos anciennes de gens vivant ici au début du siècle. Quasiment tous les portraits sont faits avec le Mt. Stapafell pour dans le fond, ce qui montre combien cette montagne est importante aux yeux des gens d'ici.

Un petit sentier mène dans une crique au bord de l'eau ou nous trouvons une magnifique arche. Je veux absolument la photographier, mais deux éléments de taille viennent nous contrarier :

- 1. La marée qui monte à vue d'oeil
- 2. La pluie qui se met à tomber très violemment.

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Armé d'un parapluie, en équilibre sur un rocher, j'arrive à faire cette interminable pause longue (30 secondes), alors que l'endroit est noyé par la marée haute...

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... et que la mer emporte le corps du jeune oiseau.

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Il est déjà 17h30, que diriez-vous d'une belle part de gâteau avec un bon thé chaud pour réchauffer un peu ?

Un adorable petit salon de thé se trouve là, niché dans cette crique, c'est une chance inespérée de reprendre un peu de force.

On ne le dit pas, ou pas assez, les islandais font des gâteaux fantastiques. Ils ne sont pas seulement beaux, ils sont extrêmement bons.

Le décor de vieille dentelle vient ajouter au côté cosy du lieu. Il y a une petite exposition de peinture d'une artiste islandaise, j'aime beaucoup ce qu'elle fait.

Nous reprenons la route à 18h00. Nous longeons la route sans trop savoir ce qui nous attend. On aperçoit un phare impressionnant qui vient s'ajouter à notre collection : voici Londrangar lighthouse.

J'aperçois un volcan non loin de la route, il me semble tout proche. Je me gare, laisse Emilie dans la voiture et fonce vers lui. Je ne me suis pas rendu compte qu'il était en fait à une bonne distance, et je met 10 bonnes minutes pour arriver à son sommet.

Voici l'intérieur du cratère, pas très impressionnant vous allez me dire, mais je suis pris de vertige devant ce spectacle de fin du monde, cette sensation de vide, le vent qui hurle et fait glisser des nuages a toute vitesse sur moi... Difficile à expliquer.

Voici la (sublime) plage de Dritvík.

Un passage devant le cratère Saxhóll. Il est déjà 19h30, le ciel s'assombrit. Nous sommes à présent à l'extrême ouest de la péninsule.

PLAGE DE SKARDSVIK.

Depuis tout petit je rêvais de voir une mer tempétueuse éclater sur des rochers, et je pensais pouvoir voir ça un jour à la Pointe du Raz, à l'extrême ouest de la France. Je n'avais pas imaginé trouver ça ici, en Islande, à Skarðsvik. C'est une plage de sable blond, mais le sable, nous ne le verrons pas !

Il est possible de descendre ces quelques marches en bois pour rejoindre la plage, ou rester en surplomb à droite pour admirer la vue. Il y a un vent dément, un ciel magnifique, je sens que je vais avoir droit à un spectacle grandiose. Nous trouvons là un couple équipé d'une perche micro et d'un magnétophone, ils enregistrent le son de la tempête.

Eux qui captent le son, moi qui tente de saisir l'image, on se regarde sans échanger de mot - impossible à cause du vent - mais on partage d'un regard complice notre admiration devant une telle énergie, devant tant de beauté.

Les vagues sont si grosses, si violentes, que des cailloux giclent parfois hors de l'eau... Mais les mots sont inutiles, voici quelques images qui je l'espère vous parleront :

Avant de partir, je descends et tente une pause de 30 secondes. Pas facile avec ce vent ! Et le résultat est magique, la violence des vagues se transforme en un voile vaporeux.

Une piste permet de s'enfoncer au milieu du champ de lave pour aller à l'extrême point ouest de la péninsule dans un univers apocalyptique... Il fait déjà presque nuit et la piste et très délicate, dangereuse même, une succession incessante de creux, de bosses, de virages en épingle. Ce n'est vraiment pas prudent de s'y aventurer la nuit car les phares éclairent mal ce genre de tracé, et gare à la sortie de piste : la lave est coupante comme des lames de couteaux.

20 interminables minutes pour arriver au bout et rajouter ces 2 phares à notre collection.

Nous sommes seuls, au bout du monde et ça nous donne le vertige.

Ci-dessus, derrière les moot-moots qui s'abritent du vent, le phare de Svörtuloft, ci-dessous, non loin du premier, le phare de Öndverðarnes. Entre les deux, les menaçantes falaises du bout du monde.

Retour sur la piste infernale, nous avons prévu un nuit au free campground d'Hellisandur tout proche, où se trouve une antenne gigantesque, une des plus grande au monde.

Il est 21h15 et nous décidons d'aller faire un dernier tour vers la mer pour capturer la fin du jour. Les oiseaux semblent apprécier ce moment eux aussi.

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