Journal d'un roadtrip de 23 jours en Islande

Mercredi 19 août

GEYSIR. CERCLE D'OR.

Il n'est que 8h00 quand nous débarquons dans le parc des geysers. L'avantage est que c'est - pour l'instant - désert, l'inconvénient c'est qu'il ne fait pas beau et qu'il y a très peu de lumière.

Pour ne rien vous cacher, j'ai attaché peu d'importance à l'étude du très touristique Cercle d'or et du coup, je débarque ici en total néophyte. Je me plante donc fièrement devant Geysir, trépied bien ancré dans le sol, déclencheur en main, et j'attends... j'attends... j'attends...

Un type d'un certain âge me regarde du coin de l'oeil depuis un moment, puis il s'approche de moi, et m'interpelle en français avec un accent belge à couper au couteau : "M'enfin Monsieur, voyons celui-là est éteint ! Je le regarde penaud. "ah bon ?". "Mais bien sur Monsieur !" (le type semble révolté par mon ignorance) "M'enfin vous n'avez pas lu l'guide ? Mais voyons Monsieur, il est éteint, c'est le guide qui le dit !!".

Moi, planté là devant un geyser endormi, le type scandalisé que je n'ai pas lu le guide, son accent, tout cela rendait la scène surréaliste.

C'est écrit pourtant sur le panneau que j'ai photographié : la dernière éruption de Geysir date de l'an 2000 !

Je me rabats donc vers celui qui "fonctionne" : il s'appelle Strokkur, il érupte toutes les 10 minutes.

Voici une séquence :

Le geyser monte à 30 m en moyenne.

Le plus beau, c'est la bulle d'eau avant que cela n'explose.

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Allez, une dernière "bulle d'eau" pour la route !

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On s'éloigne un peu pour le voir de loin. Il y a dans un petit périmètre beaucoup de particularités géothermiques à observer, d'où son succès auprès des touristes...

... touristes qui ne peuvent s'empêcher de jeter des pièces de monnaie dès qu'ils croisent un bassin. C'est un réflexe et je vais être honnête avec toi ami lecteur, ça m'exaspère, surtout quand ces bassins sont naturels et que les pièces viennent les polluer. Il y a pourtant des panneaux interdisant de le faire, mais rien n'y fait, le touriste a des réflexes conditionnés semble t'il irrépressibles.

Direction ensuite la majestueuse chute de Gullfoss.

Le ciel est bas, mais j'aime bien cette lumière et ce contraste qui donnent un coté ténébreux à cette beauté.

La chute s'étrangle dans ce canyon étroit. Quelques touristes fantomatiques sur la photo ci-dessus vous donne une idée de la taille du lieu.

Je déteste être sur les photos, mais je ferai ici une exception à la règle... Il faut dire que le cadre s'y prète bien.

Petite pause "monster truck" sur le parking.

Anecdote : Il faut imaginer des hordes de touristes se déverser ici. Parmi eux, une famille de chinois probablement nouveaux millionnaires.

Laissez-moi vous en dresser le portrait :

L'aîné a dans les 22 ans, overlooké en doudoune vernie et lunette de soleil D&G.

Le petit dernier (l'héritier) a 8 ans il est obèse, pantalon de velours côtelé et mocassins (dans la boue inutile de préciser).

Le petit stoppe et hurle dès qu'il arrive devant une marche de plus de 10 cm de haut.

Le père, en costume de ville ainsi que son grand frère accourent aussitôt pour lui prendre la main et lui faire descendre la marche, hurlant tous les deux pour l'encourager à franchir l'impressionnant obstacle.

Une fois terminée leur expédition vers la chute, ils ont rejoint leur chauffeur qui les attendait dans la Mercedes ci-dessous.

Le hasard a fait qu'ils étaient garés à côté de nous.

Il est 14h00, grand temps de partir d'ici pour boucler le cercle d'or avec Þingvellir plus à l'ouest.

Peu avant d'arriver on trouve un beau point de vue sur la faille.

A oui, il faut expliquer : Þingvellir est un lieu fondamental pour l'Islande, pour diverses raisons.

Paradis du géologue, "c'est une plaine d'effondrement, située à la divergence des plaques tectoniques américaines et européennes. Des fissures et des failles, sont clairement visibles dans le paysage (voir la photo ci-dessus), créant des gradins naturels dans la roche basaltique. Ces mouvements sont aussi la source de tremblements de terre assez fréquents et parfois une activité volcanique se manifeste par l'augmentation de la température des eaux de la rivière avoisinante." Source wikipedia.

THINGVELLIR. CERCLE D'OR.

Nous arrivons à Þingvellir, dans la faille de l’Almannagjá. Il y a un important Visitor Center, et comme prévu, beaucoup de monde. Nous longeons cette faille qui donne sur une plaine, dans laquelle siégeait le Parlement islandais, le plus vieux du monde, fondé dès 930 qui resta ici jusqu'en 1798. Une fois par an, toutes les décisions importantes (d’ordre juridique, économique, judiciaire, mais aussi maritales) étaient prises ici par les notables, les Bœndr. Pourquoi ici ? Pour diverses raisons, la falaise permettait un théâtre acoustique naturel, on y trouvait aussi facilement de la nourriture, essentielle pour ces grandes assemblées.

Vous voyez ci-dessus, coulant le long de la faille la rivière Öxará. C'est dans cette rivière qu'étaient noyées les femmes condamnées à mort par le parlement...

L’Althing, qui se réunissait chaque année en juin, durait quinze jours et était l’occasion d’une véritable fête populaire : jeux, danses, combats de chevaux (hestavíg), récitations de poèmes, lecture des sagas...

On y trouve évidemment une église construite en 1859 dont l'intérieur est magnifique. J'essaie de le prendre (à 2000 ISO).

Et en face de l'église le cimetière...

J'aime ces photos où les gouttes de pluie sont figées. C'est la plus belle démonstration d'un instant, un présent à jamais révolu. Dans un cimetière cela prend tout son sens.

Il est 16h20. Nous reprenons la route, avec pour objectif la péninsule Snaefellness à l'ouest du pays, et plus précisément un camping choisi au hasard près du volcan Eldborg. La météo est toujours aussi pourrie, mais la route est toujours aussi superbe.

Un petit détour à Borgarnes pour faire le plein.

Nous arrivons au camping vers 18h30. Le lieu est relativement moche, et il n'y a quasiment personne. Le bureau est fermé. On se gare sur l'herbe, les sanitaires ne sont - pour une fois - pas terribles, d'ailleurs en se douchant on a créé une véritable inondation !

Durant cette nuit noire, une véritable tempête de vent et de pluie secoue la voiture. Pas de bol, une irrépressible envie de faire pipi (la bière !) nous prit Emilie et moi.

Je peux vous garantir que sortir à moitié nu dans cette nuit noire, ces 120 km/h de pluie et de vent hurlant, c'est un peu comme faire une sortie dans l'espace.

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