Journal d'un roadtrip de 23 jours en Islande

Vendredi 14 août

Nuit glaciale, qui nous rappelle que l'on tutoie ici le cercle polaire. Je fais des rêves étranges, dont un cauchemard qui me fait déménager à Clichy-sous-bois (que je ne connais même pas).

C'est le jour qui nous fait ouvrir l'œil, et le bruit des voisins : catastrophe ! Il est 7h30, l'iphone qui nous sert de réveil est éteint, inerte, d'ailleurs, il ne se réveillera plus : il n'a pas survécu au froid.

Nous fonçons sur la Route 85 qui mène à Húsavík, nous y arrivons à 9h02, trop tard !

Du coup, nous avons un peu de temps pour flaner, et prendre une part de ce fantastique gateau à la carotte dans ce café qui surplombe le port.

Nous prenons nos tickets pour midi, car le départ de 10h00 est déjà complet.

On en profite pour mettre à jour notre carnet de bord. Des malheureux arrivent en courant sur le quai alors que leur bateau vient de larguer les amarres. Nous ne serons pas les seuls à le rater ce matin !

HÚSAVÍK.

Il est midi ! Embarquement ! Nous montons sur le toit de la cabine, là où se trouve le capitaine. C'est parait-il la meilleure place pour faire des photos. Il fait vraiment froid, on nous propose des combinaisons.

Lui, c'est notre mousse et notre vigie. Et lui, le vent glacial de l'Océan Arctique ne lui fait pas peur : il est en tee-shirt !!

Le temps change sans cesse, pluie torrentielle et rayons de soleil se succèdent. Nous partons à 2 bateaux pour mieux "ratisser" la baie, ils communiquent par radio.

Rien en vue pour l'instant. Nos 2 bateaux décident de changer de coin. Nous n'avons aucune certitude de voir des baleines, on croise les doigts.

Je vous présente le capitaine (pas l'air commode) et la jeune fille à ses cotés, qui communique avec nous dans un micro pour nous présenter les animaux que nous croisons. Pour l'instant que des oiseaux.

Les macareux vivent sur l'eau en dehors de la période de nidification des mois de juin / juillet. C'est pourquoi nous en avons vu si peu (à mon grand désespoir !). On en retrouve donc quelques-uns dans la baie et j'essaie de capter leur christique (et énergique !) décollage :

/

/

/

/

/

/

On se le refait vu sous un autre angle :

/

/

/

/

/

/

/

Cela fait déjà une heure que nous naviguons, toujours rien en vue, il est temps que notre mousse monte à la vigie.

 

Enfin ! Nous apercevons notre première baleine au loin. Disons-le tout de suite : pas de baleine bleue de 40 mètres, non, il ne faut pas rêver. Pas de saut hors de l'eau non plus, comme sur la prometteuse plaquette : ce n'est pas la saison des amours (juin).

Notre hôtesse nous explique que nous voyons des "minke whale", des petites baleines de 7 mètres pour environ 5 tonnes. (Quand même !)

 

Les baleines sont visibles quand elles remontent à la surface pour respirer. Difficile de savoir où elles vont apparaître. Mais soudain le bruit d'un évent nous surprend : la baleine est là, juste contre la coque du bateau, et tout le monde hurle de surprise.

La photo ci-dessous est floue ? peu importe, une baleine nous a fait l'honneur d'un saut hors de l'eau, ce qui est très rare en cette saison, et j'ai de la chance d'avoir pu capter cette image (sans avoir le temps de faire la mise au point !).

Les oiseaux sont souvent annonciateurs d'une apparition. Dès que le capitaine les voit regroupés ainsi on se dirige vers eux.

Nous essuyons un gros grain. Il est temps de rentrer au port. La "pêche" ne fut pas mauvaise !

Avant de quitter le bateau je prends en photo les explications sur notre baleine. Et du coup je découvre son nom en français : Petit Rorqual.

Nous finirons cette balade par quelques emplettes : un plaid en laine car nous avons froid la nuit, et une parka de la marque islandaise 66°C North pour moi, avec une promesse de détaxe (qui ne viendra jamais !). Cela va me changer la vie : mon goretex et ma polaire ne me suffisait pas le soir venu.

Il est déjà 16h00, nous devons nous rendre au lac Mývatn « le lac des mouches ». C'est une zone très touristique car elle réunit de multiples curiosités. Nous avons passé du temps sur notre emploi du temps afin de tout voir : le programme est chargé. Le réveil manqué de ce matin nous a fait perdre un temps précieux, mais les imprévus font partie d'un tel voyage. Nous allons tenter l'impossible : tout voir d'ici demain soir. Pas de temps à perdre.

Voici quelques photos que je fais en conduisant. la lumière est superbe.

Nous avons bien roulé. Il est 16h30 et on voit déjà apparaître le très impressionnant cratère Hverfjall. Nous sommes arrivés sur zone.

MYVATN.

Vous voyez cette montagne ? Nous avons prévu de monter à son sommet, on en reparlera demain.

J'ai emprunté les lunettes de soleil d'Emilie car je n'en ai plus. Elle se moque copieusement de ma dégaine de rappeur de pacotille au volant du Hummer.

Nous faisons un saut au camping Bjarg pour payer et réserver notre place. C'est un très grand camping, avec beaucoup, beaucoup de monde, comme prévu. Je découvre la possibilité de laisser son linge sale et le récupérer propre le lendemain pour 2000 Isk (12 €), cette solution nous sauve une demi-journée : miraculeux.

À noter un autre bon plan pour les futurs visiteurs : on y trouve les cartes les moins chères du pays, 1200 Isk au lieu de 1500 Isk en moyenne, jusqu'à 1800 Isk parfois.

MYVATN - LEIRHNJUKUR.

Il est 17h30, et nous optons pour la visite des solfatares de Leirhnjukur.

/

C'est une balade au milieu d'un champs de lave, ça bouillonne et ça fume partout. Il faut être prudent et ne pas s'égarer hors du sentier car le sol est souvent à 100 °C...

Revenus à notre point de départ, un couple est là. Voyant mon matériel, l'homme m'interpelle : "Hey, you like Really Right Stuff ?" (C'est la marque de ma rotule panoramique). Je remarque aussitôt son Canon 1 DS mark III, le plus cher des boîtiers Canon (8000 € !) et son 100-400 L monté dessus : je suis très loin d'avoir son niveau d'équipement, mais il a compris que j'étais photographe.

Dimitri est patron d'une boîte de création de jeux vidéo à Moscou. Du coup on a passé un bon moment a discuter, car je connais un peu (et apprécie) Moscou et la Russie. Très chaleureux, "très russe", il m'explique revenir d'un séjour d'une semaine dans la vallée de la mort "Oh yes, the best place !". Il m'explique avoir fait "6 ou 7 fois les parcs nationaux américains, l'Alaska, être allé en début d'année en Namibie...". (là je me dis : il est milliardaire).

"J'essaie de partir 6 ou 7 fois par an, mais pas longtemps, seulement 8 à 10 jours, car en Russie maintenant c'est la crise"...

Nous marchons ensemble un moment, il sort une flasque de sa poche : "let me propose you my french sin" je goutte, c'est un alcool fort et ambré, "whisky ?" lui dis-je et il me hurle outré "Noooo ! Cognac, french cognac !!". Je m'excuse platement, et là, me regardant droit dans les yeux "But the most important here : what car have you got ?".

Quand je lui ai dit que j'avais un Hummer, il a retrouvé une once de considération à mon égard "Oh good, that's a good car i wish i had one".

On s'est quitté sur le parking. Il nous a donné RV dans la soirée aux bains chauds de Myvatn, il est vrai que les russes partagent avec les islandais la culture du "banya".

Sacré personnage que ce Dimitri. J'espère qu'un jour il verra ce portrait. Il m'a laissé son adresse email, mais je suis incapable de le relire !

Nous reprenons la route, il est déjà 20h00.

Les dernières lueurs du jour, c'est le moment que je préfère pour faire des photos. Je vais en profiter : sur la route il y a un autre lieu bouillonnant, la zone géothermique de Námafjall qui va m'offrir un spectacle magique.

MYVATN - NÁMAFJALL.

Les couleurs oscillent entre les bleus, les gris, les jaunes, les ocres, et le ciel se met au diapason.

+ Note pour les lecteurs du eROADBOOK, jetez-ici un oeil à la ULTRAPANORAMIC PHOTO N° 12 / 19 +

Non loin d'ici un nuage est si noir qu'il semble créer une éclipse.

Ces bains bleus sont des bains d'acide qui ont fait fondre le sol.

Un volcan miniature siffle bruyamment sa colère sulfurée.

/

Retour au camping de Bjarg absolument surchargé. Nous devons nous frayer un chemin parmi les voitures pour trouver un emplacement. Ceci fait je commence immédiatement le chargement des photos sur mon disque dur externe car cela prend 1 heure. A mon grand désespoir je ne peux prendre en photo un sublime coucher de soleil sur le lac face à moi : l'appareil est occupé à se vider ! J'en ai "chopé les miettes" ci-dessus une fois le chargement terminé, un peu tard !

Un homme curieux de mon matériel (ma rotule RSS décidément !) vient me voir, il s'agit de Gunter qui vient d'Allemagne en ferry avec sa petite voiture. Il est venu tout seul en Islande, et forcément il a envie de discuter un peu. Un homme un peu timide, très attachant, d'une extrême gentillesse. Nous échangeons nos expériences sur une carte routière. On parle aussi beaucoup photo. La nuit tombée, il s'est éclipsé dans sa minuscule tente de voyageur solitaire.

Jour 12            Jour 14            Index